Thierry Fanfant

Programmes de Résidence
– De Simé Lanmou à Jazz On Biguine… Thierry Fanfant et David Fackeure présentent leurs dernières albums :  Biguine, Mazurka, Jazz Caribéen… (en quartet)
– Hommage  à Albert Lirvat présenté par David Fackeure
– Biguine de la Martinique
– Présentation des nouvelles compositions de David Fackeure et Thierry Fanfant pour l’album en préparation

Imaginez un cartoon, une scène apocalyptique, un tonnerre assourdissant, et le doigt de Dieu qui vient pointer, à travers les nuages, sur un tout petit Thierry Fanfant apeuré. Tandis que Thierry, par réflexe, protège la housse de basse qu’il porte à l’épaule, la voix puissante et caverneuse du Seigneur retentit : « Je t’ai désigné, Thierry Fanfant ! Bassiste tu seras ! De talent tu déborderas, car telle est Ma volonté ! » Bien entendu, dans mon cartoon, le doigt de Dieu est noir et il parle avec l’accent antillais.

Ce qui fait la différence, dans le jeu de basse de Thierry, c’est son souffle. Oui, je connais la différence entre une basse et une trompette mais c’est pourtant le terme le mieux adapté pour décrire une musique qui reste avant tout connectée à la Vie, et qui dessine des ponts entre ici et « là-haut », et aussi entre ici et « là-bas », où tous les Antillais ont un bout d’eux-mêmes.

J’applaudis, bien sûr, les acrobaties (« accro-bassies », devrait-on dire) chez les instrumentistes, mais mon émotion vient surtout de tout le reste, l’âme, l’implication, la générosité, le cœur. Et là, d’un modeste morceau traditionnel au jazz le plus sophistiqué, Thierry Fanfant est une leçon vivante.

Tout ce qu’il touche fait de la musique, et ça rayonne autour de lui, comme de son frère Jean-Philippe. Voir ces deux-là jouer ensemble vous réconcilie avec le monde. Le fait qu’ils sourient en jouant est d’ailleurs moins anodin qu’il n’y paraît. Il ne s’agit pas de sourire pour la photo : ils sont profondément heureux de jouer, à cent lieues des « intellos du jazz » qu’on reconnaît à leur air mi-important mi-constipé, ainsi qu’à leur incapacité à écouter.

Thierry, lui, a d’abord appris en écoutant. Il m’a confié avoir pleuré à force de buter sur les harmonies de How Deep Is Your Love… Son travail, son héritage culturel tellement riche, et enfin ce don du ciel l’ont rendu aussi légitime dans le jazz (notamment à la contrebasse) que dans la soul ou l’afro-cubain. Alors, qu’on soit des Antilles ou pas, on peut le remercier de nous faire découvrir une musique qui compense les caricatures un peu navrantes qu’on connaît.

Les grands noms de la chanson française qui viennent régulièrement le chercher ne s’y trompent pas, et voilà des rythmiques transcendées par le son Thierry Fanfant sur sa vieille Jazz Bass : un son rond et compact sans être « trop propre », un son sensuel, où l’on sent la peau du musicien toucher la corde de l’instrument, une assise solide comme les fondations d’une cathédrale, une musicalité et une aisance qui dépassent l’humain.

Je suis un grand ami de Thierry. J’ai cette chance, dans la vie. En deux secondes, nous nous sommes adoptés à la vie, à la mort. Si j’ai un passage difficile, il m’appelle plus souvent que ma mère. Parfois, je m’extrais mentalement de nos soirées de copains et, encore aujourd’hui, je me dis : « je suis en train de rire et de taper sur l’épaule d’un très grand musicien, quelqu’un de très important, qui apporte de la beauté dans ce monde, qui tire nos âmes vers le haut, un prodige, passionné, dissipé, facétieux, potache, éminemment tendre et gentil, et qui a l’élégance de me faire oublier que je l’admire énormément. ».

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